7e Forum régional africain sur le développement durable: Réunion parallèle sur la réduction des inégalités

Brazzaville, Congo.

1-4 March 2020

Excellences, Mesdames et Messieurs,

Honorables participants

C’est un réel plaisir pour moi de prendre la parole à ce 7e Forum Africain sur les Objectifs de Développement Durable. Je voudrais avant tout saluer et féliciter le gouvernement de la République du Congo ainsi que les collègues de L’Union Africaine et du Système des Nations Unies pour la parfaite organisation de cette rencontre.

Je voudrais personnellement remercier son Excellence Monsieur le Président de la République du Congo pour ses actions en faveur de la réduction des inégalités dans son pays. Je pense notamment à la loi sur la gratuité des soins de santé visant particulièrement les femmes enceintes et les enfants de moins de 5 ans ; à la loi relative à la protection des populations autochtones; et aux multiples programmes des filets sociaux dont le projet “Lisungui », renforcé dans le cadre de la Riposte d’Urgence à la COVID-19 (PLRUC) en vue de protéger les ménages les plus défavorisés. Je salue également les collègues des Nations unies pour leur appui au gouvernement du Congo dans la mise en œuvre de sa politique de développement.

Excellences, Mesdames et Messieurs,

Comme vous le savez, l’agenda 2030 a été lancé en 2015 pour éliminer la pauvreté et mettre le monde sur la voie de la paix, de la prospérité et de l’égalité des chances pour tous. L’Afrique a influencé l’adoption de cet Agenda avec ses 17 objectifs parce qu’ils sont guidés par l’exigence de “ne laisser personne de côté”, traduisant l’engagement mondial de combattre les inégalités.

L’objectif 10 qui fait l’objet de mon intervention appelle en particulier tous les pays à adapter leurs politiques et législations afin de réduire toutes les formes d’inégalités à travers le monde. La communauté internationale a fait des progrès considérables pour combattre ces inégalités et libérer les populations de la pauvreté. Malgré ces efforts, il y a encore de grandes disparités dans l’accès aux revenus, à la terre, à la santé et à l’éducation, en particulier dans les zones rurales, où vivent la majorité des pauvres.

C’est ainsi que le rapport du PNUD de 2020 sur les ODD montre une augmentation du revenu réel du groupe des populations les plus pauvres dans 73 pays sur 90. Le rapport indique que les progrès les plus remarquables en matière de prospérité partagée ont eu lieu en Asie de l’Est et Asie du Sud-Est.

La croissance dans les pays d’Afrique subsaharienne a été plus contenue, avec une augmentation du revenu des populations les plus pauvres variant entre 0 et 2% durant la période 2012-2020. Dans le domaine de l’aide au développement, la récession mondiale a considérablement limité les flux d’aide vers les pays Africains.

L’Aide Publique au Développement en provenance de l’OCDE a connu une hausse de 1,4 % en termes réels en 2019 par rapport à 2018, passant à 152,8 milliards de dollars US, selon les données préliminaires recueillies auprès des agences officielles de développement. L’Aide publique bilatérale en faveur de l’Afrique et des pays les moins avancés a augmenté respectivement de 1,3 % et 2,6 %.

Des avancées sont enregistrées dans l’autonomisation des femmes et des jeunes jadis frappées par la marginalisation du fait de certaines pratiques culturelles. Un recul des mariages d’enfants a été observé dans plusieurs pays au cours des deux dernières décennies. Les inscriptions au niveau secondaire ont également augmenté avec des taux bruts de scolarisation passant de 29 pour cent en 1998 à 51 pour cent en 2018 au premier cycle du secondaire, et de 20 pour cent à 34 pour cent au deuxième cycle du secondaire. Mais ces taux restent loin derrière ceux des autres régions du monde, qui s’élèvent à 85 pour cent pour le premier cycle du secondaire et à 67 pour cent pour le deuxième cycle du secondaire.

Du point de vue politique, l’on note également une meilleure participation des femmes dans les instances de prise de décision notamment dans le parlement ou la proportion de femmes a plus que doublé entre 2000 et 2020. Dans certains pays comme le Rwanda où les progrès sont les plus remarquables plus de la moitié des sièges au parlement sont occupées par des femmes

Sur le plan économique, les femmes ont commencé à avoir accès à bien des emplois qui jadis étaient la chasse gardée des hommes. Elles sont maintenant de plus en plus propriétaires terriens et chefs d’entreprise, elles ont connu une percée dans les rangs des armées et de la police nationale ainsi que dans les corps paramilitaires.

Malgré des signes positifs au cours de la dernière décennie, des défis persistent toutefois en Afrique. Le phénomène du mariage d’enfants reste une préoccupation dans certains pays comme le Niger et le Mali où la proportion de filles mariées avant 18 ans est supérieure à 50%. A cela il faut ajouter la faible marge de manœuvre des gouvernements à apporter une réponse efficace à la forte demande sociale et économique des jeunes dans un contexte où la transition démographique est lente avec un taux de croissance annuel de la population supérieur à 3%.

Dans certaines régions comme le Sahel, plus de 60 % de la population a moins de 15 ans et 55% des enfants de 6-14 ans (soit près de 8 millions) ne sont pas scolarisés, alors que les pays sont obligés de consacrer l’essentiel des ressources aux défis sécuritaires. Avec la 4e révolution industrielle marquée par l’intelligence artificielle et l’utilisation des nouvelles technologies de l’information, c’est plus de 8 millions d’adultes non instruits qui feront partie de la population active de demain avec une contribution marginale au développement économique. Car les emplois peu qualifiés et mal payés disparaissent de plus en plus et les pauvres sont confrontés à plus de difficultés pour accéder au marché de l’emploi

D’autres facteurs comme les crises sécuritaires, les effets néfastes du changement climatique et récemment les conséquences de la pandémie à COVID- 19 constituent autant de paramètres adverses à l’autonomisation économique et social des populations africaines. Cette pandémie mondiale a de sérieux impacts sur les objectifs sociaux et économiques. 60 millions d’africains supplémentaires pourraient basculer dans la pauvreté, et il est à craindre que le nombre de personnes confrontées à l’insécurité alimentaire ne passe au double. Plus de 262 millions d’apprenants ont vu leur éducation interrompue par la COVID-19 et les filles ont été davantage exposées car elles sont confrontées à un risque croissant de grossesses précoces qui les empêchent de reprendre leurs études.

Il est fort à craindre que l’accès au vaccin soit une autre source d’inégalités dans le monde. Alors que les vaccins sont maintenant disponibles et administrés à travers le monde, 75% des doses ont été déployées dans dix pays , essentiellement du Nord qui ont commandé plus de doses qu’ils n’en ont besoin. Les pays du Sud, plus défavorisés, sont les grands perdants dans l’accès aux vaccins contre la pandémie.

C’est pourquoi, les organisations sous régionales telles que la CEDEAO, la CEEAC, la SADC, etc., ont un rôle crucial à jouer dans la lutte contre les inégalités à travers l’intégration régionale et sous régionale pour alléger les déséquilibres dans ce contexte de crise sanitaire mondiale.

Excellences, Mesdames et Messieurs,

Faire en sorte que personne ne soit laissé-pour-compte est au cœur du mandat de l’UNFPA et de l’ensemble des agences du Système des Nations unies. C’est ainsi que l’UNFPA s’efforce, avec les pays et avec des partenaires, pour mettre fin aux décès maternels évitables, aux besoins non satisfaits en planification familiale, aux violences basées sur le genre et aux pratiques néfastes faites aux filles et aux femmes. C’est dans ce cadre que nous soutenons plusieurs initiatives régionales comme l’initiative inter agence soutenue par le Fonds Français Muskoka, le Spotlight et le projet sur l’autonomisation des femmes et le Dividende démographique, pour accélérer la transition démographique dans la région en gardant les filles à l’école, en retardant leur âge au mariage et à la maternité, en leur donnant les informations et les services pour se gérer et en renforçant leurs possibilités de participer pleinement au développement économique.